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A. Le calcul réfléchi et la mémorisation de la table d’addition B. La technique opératoire de l’addition A. Accéder aux différents sens de la soustraction B. Opérer le lien entre les différents sens. C. Calculer avec la soustraction A. La complexité pédagogique de l’introduction de la multiplication B. Partir de l’expérience des élèves : l’addition itérée C. Introduire le signe x en faisant le choix de la commutativité D. Prendre en compte les problèmes langagiers et les difficultés de la notation multiplicative E. Les tables de multiplication F. Vers une technique opératoire de la multiplication |
A.
Le calcul réfléchi et la mémorisation de la table d'addition
L’un des
enjeux du cycle 2 est de faire acquérir aux élèves une bonne connaissance du
répertoire additif et une capacité effective de réaliser mentalement ou par
écrit, sans utiliser systématiquement une technique opératoire, des calculs
simples.
Aux cycles 2 et
3, de nombreux élèves ont des difficultés parce qu’ils ne peuvent pas
restituer rapidement et avec sûreté des résultats élémentaires de la table
d’addition. On dit couramment qu’ils « ne savent pas leur table ».
Il convient tout d’abord de s’interroger sur le sens de « savoir sa
table ». Ce n’est pas nécessairement la savoir « par cœur »,
cela peut être aussi la possibilité de retrouver très
rapidement, par exercice mental, le résultat attendu. En d’autres termes, et
des travaux récents l’ont montré[1],
un élève de cet âge a deux attitudes par
rapport au répertoire additif :
- soit il sait
le résultat. C’est le cas pour certains résultats qu’il considère
« simples », particulièrement les doubles.
- soit il reconstruit le résultat, c’est-à-dire qu’il utilise ses connaissances arithmétiques pour le retrouver. Pour exemple, citons le cas d’un élève qui calcule de cette manière 3 + 6 :
il décide de
remplacer, tout d’abord, 3 + 6 par 6 + 3 (utilisation implicite de la
commutativité de l’addition)
puis il calcule
6 + 3 par surcomptage, c’est-à-dire en énonçant : « sept, huit,
neuf ».
La stratégie
proposée pour l’acquisition du répertoire additif est donc la suivante :
- Favoriser
chez les élèves la mémorisation des résultats les plus accessibles. Ils
doivent connaître dès que possible les doubles des nombres de 1 à 9, ainsi
que les « amis de 10 » (sommes de deux nombres égales à 10).
Il est illusoire de penser aller au-delà pour certains élèves.
Souvent, une mémorisation forcée est instable et ne donne rien d’efficace.
L’élève mémorisera d’autant mieux qu’il se sent sûr de lui-même et
qu’il est capable de retrouver le résultat. D’où le deuxième aspect de la
stratégie.
- Développer
chez les élèves des procédures de « reconstruction » rapide des résultats
leur permettant de résoudre dans la plupart des cas les calculs additifs
qu’ils rencontrent. C’est là où le calcul réfléchi, c’est-à-dire le
calcul qui s’adapte aux nombres et utilise leurs propriétés arithmétiques,
trouve toute sa place. Citons
deux exemples :
un
« presque double ». Par exemple,
6 + 7
a. on voit le double 6 + 6 6
+ 6 = 12
b. on calcule ensuite 12 + 1 = 13
Remarque. Une procédure de
calcul réfléchi est rarement unique. L ‘élève pourrait aussi faire :
7 + 7 = 14 14 – 1 = 13
le passage de la dizaine. Par exemple 7 + 4
a.
il manque 3 pour faire 10 :
7 + 3 = 10
b.
il reste 1 pour faire 4 : 10 + 1 = 11
Ces procédures
de calcul réfléchi ne sont pas spontanées chez les élèves. Souvent, elles
doivent être construites avec eux et approfondies. En particulier, il
serait fâcheux que les élèves n’aient à leur disposition que la méthode
du surcomptage pour obtenir les résultats.
En conclusion,
voici les méthodes de calcul réfléchi qu’on peut raisonnablement développer
chez les élèves pour les aider à mieux maîtriser le répertoire additif :
-le surcomptage
pour calculer n+1, n+2 et n+3
-les presque
doubles
-le passage par
la dizaine dans les autres cas.
Remarque.
Il va de soi qu’il ne faudrait pas empêcher un élève de procéder
autrement s’il s’est construit personnellement une méthode efficace.
On comprend que le calcul réfléchi soit l’objet de nos préoccupations pédagogiques quotidiennes. Ce calcul n’est possible que si l’élève a une bonne représentation des nombres, de bonnes images mentales. A ce titre, les cartes à points sont une aide précieuse. Prenons l’exemple de 7 + 4 :

B.
LA TECHNIQUE OPERATOIRE DE L'ADDITION
La maîtrise de la technique opératoire de l’addition est une compétence nécessaire
à la fin du cycle 2. Deux idées essentielles doivent guider sa présentation :
1.
La technique utilisée par l’élève doit avoir un sens pour lui. C’est
pourquoi elle doit être l’aboutissement formalisé de manipulations qui
permettent de lui donner une véritable signification. Le recours aux cartes à
points permet cette prise de conscience.
2.
Une technique opératoire ne doit pas être le seul moyen pour l’élève
d’effectuer des calculs simples. Il serait regrettable qu’il se réfugie
derrière la technique quoiqu’il arrive, sans avoir d’autres possibilités
de calcul. Par exemple, il ne devrait pas poser d’addition pour calculer 39 +
10. C’est la raison pour laquelle il faut présenter, en parallèle, le calcul
en ligne faisant appel à la décomposition des nombres.
A.
Acceder
aux différents sens de la soustraction
Paradoxalement, la difficulté principale de la véritable compréhension du
sens de la soustraction provient du fait que son sens premier est naturel,
accessible très tôt et très prégnant : quand on enlève, on soustrait.
La prégnance de ce premier sens rend plus difficile l’acceptation que la
soustraction recouvre d’autres sens qui vont être indispensables pour maîtriser
cette opération à la fin du cycle 2 et au cycle 3. Reprenons ces différents
sens.
1.
Le sens « enlever ».
Comme nous l’avons vu, ce sens est rapidement compris des élèves, et permet
d’introduire facilement de signe -. On le trouve, par exemple, dans un problème
du type :
Céline
a 28 images. Elle donne 3 images à sa soeur. Combien lui en reste-t-il ?
En effet, pour obtenir le résultat, l’élève peut dessiner des images et en
barrer 3 ou bien, s’il effectue un réel calcul, décompter (27, 26, 25). Il y
est d’autant plus invité qu’on trouve dans l’énoncé la présence du mot
inducteur « donne ».
Du point de vue du calcul, ce sens est particulièrement adapté lorsqu’on enlève
peu (par exemple 28 – 3 ; on enlève 3 en décomptant unité par unité)
ou bien lorsqu’on enlève des multiples de 10, de 100 ; etc., c’est-à-dire
lorsqu’on enlève un nombre entier de dizaines, de centaines, etc. Mais il
faut avoir conscience qu’il ne recouvre pas toutes les situations
soustractives et c’est ce que les élèves ont du mal à admettre.
2.
Le sens « pour aller à ».
Observons ce qu’un élève a fait pour résoudre le problème suivant :
Stéphanie
avait 42 images. Sa maman lui donne des images. Stéphanie a maintenant 60
images. Combien d’images lui a donné sa maman ?

La perception de l’élève est manifestement de compléter 42 pour obtenir 60,
c’est-à-dire d’aller de 42 à 60.
Le sens « pour aller à » est bien adapté à la compréhension des
problèmes arithmétiques nécessitant de chercher ce qu’on a ajouté ou de
chercher une partie connaissant le tout et l’autre partie.
Du point de vue du calcul, ce sens facilite la recherche du résultat d’une
soustraction dans le cas où on enlève beaucoup (par exemple, pour calculer 41 – 38,
il est plus simple de procéder par surcomptage : 39, 40, 41 ; 41 –
38 = 3)
La représentation de la droite numérique est une visualisation intéressante
de ce sens :

Il en résulte la possibilité de réaliser des calculs en faisant des
« bonds » sur la droite numérique :
de 12 à 20
8
de 20 à 25
5
8 + 5 = 13
de 12 à 25
13
En particulier, le passage par
la dizaine supérieure est ainsi mieux explicité.
Une manière de traduire le complément est « l’addition à trou ».
L’utilisation d’une telle écriture est délicate pour certains enfants,
dans la mesure où elle rompt avec la représentation traditionnelle d’une opération
(on opère sur deux nombres et on obtient un résultat) et avec la disposition
opératoire : le résultat se trouve à droite (pour l’opération en
ligne) ou en dessous (pour l’opération posée). Aussi, on peut faire précéder
l’addition à trou d’une autre disposition plus conforme à la représentation
habituelle. C’est celle qui a déjà été décrite plus haut :
de 12 à 20
8
3.
Le sens écart.
L’écart entre deux nombres A et B (on suppose A inférieur à B) est le
nombre qu’il faut ajouter à A pour obtenir B ainsi que le nombre
qu’il faut enlever à B pour obtenir A.
Ce sens est présent dans les problèmes de comparaison :
Antoine
a 13 images et Lucas a 28 images. Qui a le plus d’images ? Combien en a-
t-il en plus ?
Il faut bien prendre conscience que rien, dans cet énoncé n’invite à la
soustraction 28 – 13 et que fournir une telle écriture manifeste déjà une réelle
expertise. Pour y accéder, il faut d’abord transformer le problème en une
situation d’égalisation : combien faut-il donner d’images à Antoine
pour qu’il en ait autant que Lucas ?, ce qui conduit à un glissement
vers le sens « pour aller à ».
Du point de vue du calcul, on observe que les deux sens « pour aller
à » et écart sont assez proches, dans la mesure où le calcul de l’écart
entre A et B (A<B) conduit généralement à aller de A à B. Cependant, le déplacement
sur la droite numérique dans le sens « négatif » (de B vers A) est
envisageable.
Une propriété importante, mais d’une compréhension délicate, est que l’écart
entre deux nombres ne varie pas si on ajoute ou on enlève la même quantité à
ces deux nombres. Ainsi, l’écart entre 52 et 87 est égal à l’écart entre
50 et 85, ce qui est plus simple à calculer.
En conclusion, il ne faudrait pas réduire le sens écart au sens « pour
aller à ». La caractéristique particulière de ce sens écart, par
rapport aux précédents, est sa commutativité : l’écart entre A et B
est aussi l’écart entre B et A.
B. OPERER LE LIEN ENTRE LES DEUX SENS


En conséquence, on développera au CE1 une approche de la technique de la
soustraction reposant sur l’addition à trou :

4. Une démarche dans la résolution des problèmes
de soustraction.
Voyons, pour finir comment doit être conçue la résolution d’un problème
arithmétique soustractif. Prenons l’exemple suivant :
Julien a fait un bouquet de 94 fleurs. Parmi
ces fleurs, il y a 32 fleurs rouges et les autres sont jaunes.
Combien y a-t-il de fleurs jaunes ?
Plusieurs étapes doivent être dégagées :
1. Une lecture mathématique de l’énoncé,
afin de comprendre les relations numériques présentes : il faut ajouter
les fleurs jaunes aux fleurs rouges pour obtenir les fleurs du bouquet.
2. Une traduction numérique des relations
mises en évidence :
32 +
£ = 94
La traduction orale de cette écriture peut être : aller de 32 à 94.
La traduction numérique qui en résulte est 94 - 32
3. Une mise en œuvre du calcul.
Pour un élève de CE1, cela pourra passer par une activité de calcul réfléchi
(comment aller de 32 à 94 ?) ou par l’effectuation d’une addition à
trou, comme cela a été montré précédemment.
4. Un retour à la situation initiale.
Il ne faut pas oublier la nécessité de donner une réponse appropriée à la
question posée, ce qui implique de reprendre les termes de cette question et de
choisir correctement l’unité de la réponse :
Il y a 62 fleurs jaunes.

Que penser de cette présentation de la multiplication aux élèves (exemple réel d'affichage en classe)?
A.
Prendre conscience de la complexité pédagogique de l’introduction de la
multiplication.
Sous des apparences simples, l’introduction de la multiplication au CE1 se révèle
d’une difficulté importante qui conduit fréquemment à des approximations pédagogiques
ou à des lacunes d’apprentissage. Des habitudes anciennes, rarement remises
en question, aboutissent à soumettre l’élève à des contraintes souvent
injustifiées. Il convient d’en prendre conscience, afin d’adopter un
dispositif cohérent et progressif.
1.
Qu’est-ce que la multiplication ?
La réponse à cette question est immédiate : la multiplication est une opération
qui, à partir de deux nombres, fournit un autre nombre appelé produit. En
revanche, il faut se poser la question de la manière dont on conçoit ce
produit. Prenons l’exemple du produit de 3 et de 4 :
-
il peut s’agir du résultat de l’action du nombre 3 sur le nombre 4, afin
d’obtenir l’addition de 3 fois le nombre 4 : 4 + 4 + 4 (on peut préférer
l’action du nombre 4 sur le nombre 3, par la répétition de 4 fois le nombre
3). Dans ce cas, on met en œuvre ce qu’on appelle une multiplication
reposant sur une loi externe : l’opérateur x3 agit sur le nombre 4
pour obtenir le nombre 12.
Dans ce
contexte, on perçoit que les nombres 3 et 4 ne jouent pas le même rôle :
si l’action du nombre 3 sur le nombre 4 produit le même résultat que
l’action du nombre 4 sur le nombre 3, il n’empêche que ces deux actions
sont différentes.
-
il peut s’agir de l’action conjuguée des deux nombres 3 et 4, considérés
d’une manière équivalente, afin d’obtenir le produit. Dans ce cas, on
considère une multiplication
reposant sur une loi interne, qui est privilégiée dans les diverses étapes
de la scolarité. D’emblée, cette multiplication est pourvue de diverses
propriétés dont la plus importante est la commutativité : l’ordre des
nombres n’importe pas pour le produit. C’est dans ce contexte que l’élève
percevra que pour calculer 20x3, on a le choix entre le calcul de 20 fois 3 et
celui de 3 fois 20 et que ce deuxième choix est le plus simple pour effectuer
le calcul.

La construction du sens de la multiplication et du produit de deux nombres doit
s ‘appuyer sur la représentation première de l’opération, c’est-à-dire
sur l’idée que, quand on multiplie, on répète plusieurs fois le même
nombre et qu’on obtient ainsi un nombre
plus grand.
Dans ce cadre, puisqu’il s’agit d’une multiplication externe (voir A),
nous utiliserons à dessin le mot « fois », sans recourir immédiatement
au codage avec le signe x, afin de ne pas introduire inutilement des confusions
de sens et des contraintes de codage qui ont été évoquées précédemment.
Ainsi, 4 fois 3 est l’écriture qui exprime l’action d’additionner 4 fois
le nombre 3 (on agit sur le nombre 3 en le répétant 4 fois) : 4 fois 3 =
3 + 3 + 3 + 3. De la même
manière,
3 fois 4 exprime l’action d’additionner
3 fois le nombre 4 (on agit sur le nombre 4 en le répétant 3 fois) : 3
fois 4 = 4 + 4 + 4. Comme cela a déjà été dit, ces deux actions sont
distinctes mais produisent, bien sûr, le même résultat. Il convient de
distinguer ici l’action du résultat obtenu.
Il faut proposer aux
élèves de produire différentes écritures additives répétées en relation
avec le mot fois, afin d’installer ce sens premier de la multiplication.
C.
Introduire le signe x en faisant le choix de la commutativité.
La seconde étape de la démarche consiste à introduire le signe x en faisant apparaître que « a fois b » et « b fois a » sont deux facettes d’un même nombre qu’on notera indifféremment axb ou bxa et qu’on appellera « a multiplié par b » ou « b multiplié par a ». Comme ce simple discours ne suffit pas à la compréhension d’un débutant, nous nous appuyons sur la disposition des objets en lignes et colonnes (ou en utilisant les cases d’un quadrillage rectangulaire). Prenons l’exemple suivant :
Les
salades du jardin

« 4
fois 5 » donne le même résultat que « 5 fois 4 » (20
salades). Cela correspond à un nombre qu’on appelle le produit de 4 et de 5 ,
qu’on note 4 x 5 ou 5 x 4 et
qu’on énonce « 4 multiplié par 5 » ou « 5 multiplié par 4 ».
Remarque.
Il convient de bien comprendre, même si cela se révèle d’une mise en œuvre
pédagogique délicate (nous verrons dans le paragraphe suivant les choix à
faire et les précautions à prendre) qu’il n’y a pas de correspondance
terme à terme entre « 4 fois 5 » et 4 x5 d’une part, entre
« 5 fois 4 » et 5x4 d’autre part. Au contraire, 4x5 est un nombre
qui s’exprime sous ses deux facettes «4 fois 5 » et « 5 fois 4 ».
Il en est de même pour 5x4.
La conséquence de cela est que la multiplication introduite dans ce paragraphe
(qui est bien une multiplication interne) a , de fait, la propriété d’être
commutative puisque, d’emblée, l’ordre d’écriture des deux nombres du
produit n’a pas d’importance. Le constat de la propriété de commutativité
ne se fait pas par l’observation de résultats égaux dans des calculs (axb,
considéré comme a fois b, est égal à bxa, considéré comme b fois a), mais
en raison de la définition initiale de la multiplication, visualisée par la
disposition en lignes et colonnes.
L’avantage immédiat résultant est la possibilité de traduire un produit, en
vue de le calculer, sous la forme la plus appropriée, sans être bloqué par un
ordre imposé. Par exemple, pour calculer 13x2, on a le choix entre les deux
possibilités « 13 fois 2 » et « 2 fois 13 » et on
choisit la seconde qui permet d’obtenir facilement le résultat.
En définitive, le choix fait, riche de possibilités pédagogiques, est de ne
pas lier directement l’ordre de ce qui est dit avec l’ordre de ce qui est écrit
et de permettre la lecture ou l’écriture dans les deux sens. En d’autres
termes, nous nous appuyons dès le départ sur la propriété de commutativité
de la multiplication interne et nous en développons les principales possibilités.
Cela contourne les contraintes de notations évoquées dans le premier
paragraphe et évite de mettre les élèves en face de contradictions pédagogiques
qu’ils perçoivent confusément. En effet, si l’on est intransigeant sur
l’ordre d’écriture du produit, comment faire comprendre aux élèves, à
qui l’on a dit que le prix de 120 barres de chocolat à 3 euros la barre doit
s’écrire impérativement 3 x 120 (120 fois 3 ; le multiplicateur est
120), que lorsqu’ils posent la
multiplication
(au CE2) pour calculer le résultat, ils
doivent écrire de préférence
120
x 3
______
(ce
qui correspond à 3 fois 120 ; le multiplicateur est 3) ?
D.
Prendre en compte les problèmes langagiers et les difficultés de la notation
multiplicative.
L’adhésion aux choix proposés dans les deux précédents paragraphes ne
permet pas de dire que les problèmes langagiers et de notation sont définitivement
réglés. En fait, le concept même de commutativité qui signifie que, en acte,
le produit de deux nombres est indifférent à l’ordre des nombres, ne
s’accorde pas avec les contraintes de l’énonciation (ce qui est dit est énoncé
dans un certain ordre et marqué temporellement : il y a un début et une
fin) ni avec celles de l’écriture ou de la lecture (ce qui est écrit ou lu
l’est de gauche à droite). En définitive, dans la réalité scolaire
quotidienne, il est normal que « a fois b »
soit traduit majoritairement sous la forme a x b (« a multiplié
par b »). En effet, l’enfant –et aussi l’adulte- recherche l’économie
cognitive et l’efficacité. Ce qui est important, nous le rappelons, c’est
qu’il puisse percevoir le produit axb sous ses deux facettes « a fois b »
et « b fois a ».
Un autre aspect est la question de la désignation du produit axb. En privilégiant
la « neutralité » de la multiplication interne, il est souhaitable
de dire « a multiplié par b ».
Cela étant, chacun constate que la formulation orale de cette expression
est complexe et ne facilite pas, comme l’ont montré divers travaux, la mémorisation
de la table de multiplication. Cette mémorisation est simplifiée si l’on
utilise le mot « fois », la mémoire de travail étant allégée.
Cette formulation, certes abusive,
est tolérable si, dans le même temps, l’élève a bien perçu le sens des diverses traductions possibles du produit
axb et a bien intégré la propriété de commutativité de la
multiplication.
E.
Les tables de multiplication.
Les
programmes du cycle 2 indiquent, à propos des tables de multiplication :
« construction, utilisation, début de mémorisation ». Les limites
à la mémorisation sont bien spécifiées (tables de 2 et de 5). Par contre,
l’interprétation des termes « construction » et « utilisation »
mérite d’être développée.
En
premier lieu, la construction et l’utilisation des tables de multiplication
n’ont de sens que si on rend l’élève autonome, c’est-à-dire s’il est
capable, mentalement ou par écrit, de retrouver rapidement les résultats
multiplicatifs et de pouvoir, progressivement, les mémoriser. En d’autres
termes, il s’agit de favoriser chez chaque enfant la construction d’un réseau
multiplicatif à partir d’une présentation signifiante des tables.
1.
Un réseau multiplicatif associatif.
Les
travaux de ces dernières décennies, en psychologie cognitive, montrent que les
performances des adultes relatives aux multiplications simples (la même
observation est faite pour les additions) s’expliquent par référence à un réseau
associatif. Cela signifie que chaque couple de nombres dont on veut calculer
le produit est mis en relation, en mémoire à long terme, avec un autre nombre
(le produit).
Même
lorsqu’elle est mise en défaut, cette mise en relation n’est pas fortuite.
Ainsi, l’erreur, « 5 fois 3 égale 20 » est beaucoup plus fréquente
que l’erreur « 5 fois 3 égale 19 ». D’autre part, on constate
que, plus le temps de réponse est long, plus le risque d’erreur est grand.[3]
Enfin, la durée de réponse et le nombre d’erreurs augmentent si les nombres
concernés entretiennent des relations avec d’autres produits concurrents. Par
exemple, l’obtention de « 4 fois 8 » se révèle souvent délicate
dans la mesure où 4 et 8 ont aussi des relations avec 24 ( 4 fois 6 égale
24 ; 8 fois 3 égale 24).
Les
savoirs des adultes relatifs aux tables de multiplication sont déclaratifs,
c’est-à-dire qu’ils sont essentiellement basés sur le « par cœur ».
Nous savons bien que cela n’est pas le cas pour les jeunes enfants et que
l’attachement obstiné au « par cœur » ne porte pas les fruits
attendus.
Il
nous faut donc aider les jeunes élèves à construire ce réseau associatif
multiplicatif. Cela se fait de deux manières :
-
en favorisant, chaque fois que cela est possible, la perception des relations
entre les nombres pour obtenir les résultats multiplicatifs ;
-
en construisant, puis en utilisant des tables de multiplication qui s’appuient
sur le sens acquis par les élèves du produit de deux nombres.
2.
Comment construire et réciter les tables de multiplication ?
Constatons
d’abord que les formulations relatives à ce domaine sont imprécises. Ainsi,
on parle de « la » table de multiplication ou « des »
tables de multiplication. Qu’est-ce à dire ?
-
la table de multiplication, c’est la table de Pythagore, bien connue des pédagogues.
Sur cette table, le produit de deux nombres s’obtient par la lecture du nombre
situé à l’intersection d’une ligne et d’une colonne correspondant à
chaque terme du produit. Une telle table de multiplication a l’avantage de
rassembler en un seul tableau de nombres tous les résultats du répertoire
multiplicatif. Elle met en évidence des propriétés de la multiplication
(principalement la commutativité).
- les tables de multiplication. On peut dire que la table de Pythagore est constituée de différentes tables de multiplication, chacune d’elles étant constituée d’une ligne (ou d’une colonne). Plus précisément, en utilisant le mot « fois », nous faisons la présentation suivante, pour la table de 3 :
|
1
fois 3 |
2
fois 3 |
3
fois 3 |
4
fois 3 |
5
fois 3 |
6
fois 3 |
7
fois 3 |
8
fois 3 |
9
fois 3 |
10
fois 3 |
|
3 |
6 |
9 |
12 |
15 |
18 |
21 |
24 |
27 |
30 |
Justifions ce
choix. Dans la tradition pédagogique depuis un siècle au moins, on peut voir
dans les manuels scolaires deux modes de présentation concurrents des tables de
multiplication et de récitation de ces tables:
-
la présentation et la récitation qui gardent constant le multiplicateur
(c’est-à-dire le « nombre de fois ») :
3
fois 1 : 3
3
fois 2 : 6
3
fois 3 : 9
etc.

C’est le choix que nous retenons pour une raison évidente : il
s’appuie le mieux sur le sens de la multiplication tel que l’enfant le perçoit.
Il peut ainsi établir plus facilement des associations entre les nombres. Par
exemple, s’il sait « 4 fois 3 » (12), il peut déduire facilement
« 5 fois 3 » (15) car c’est 12 + 3.
![]()
[1] Le lecteur intéressé par ces questions peut lire avec profit le livre de M. Fayol : L’enfant et le nombre, Delachaux et Niestlé 1990. Le sujet évoqué ici se trouve aux pages 110 et suivantes
[2] Le calcul quotidien Collection Bodard, éditions Fernand Nathan 1966
[3] Michel FAYOL, L’enfant et le nombre, 1990, pages 118 et 191
[4] Cours pratique d’arithmétique CM Minet et Patin Fernand Nathan 1919