La structuration du temps

 

Tant de temps

 

Le temps qui passe

Le temps qui ne passe pas

Le temps qu'on tue

Le temps de compter jusqu'à à dix

Le temps qu'on n'a pas

Le temps qu'il fait

Le temps de s'ennuyer

Le temps de rêver

Le temps de l'agonie

Le temps qu'on perd

Le temps d'aimer

Le temps des cerises

Le mauvais temps

et le bon et le beau et le froid et le temps chaud

Le temps de se retourner

Le temps des adieux

Le temps qu'il est bien temps

Le temps qui n'est même pas

Le temps de cligner de l'oeil

Le temps relatif

Le temps de boire un coup

Le temps d'attendre

Le temps du bon bout

Le temps de mourir

Le temps qui ne se mesure pas

Le temps de crier gare

Le temps mort

et puis l'éternité

 

Poèmes et Poésies,

de Philippe Soupault.

Éd. Grasset, coll. « Les Cahiers rouges », 1987.

 

 I. Les divers aspects de la notion de temps présents dans la démarche d’enseignement.

 

A. Les rythmes du temps.

 

Il s’agit de la prise de conscience de la répétition régulière d’événements et de leur rythme :

-         les rythmes biologiques liés aux besoins de l’être humain (repas, sommeil,…) ;

-         les rythmes sociaux créés par la vie en groupe (école, vacances,…) ;

-         les rythmes naturels liés à notre position dans l’Univers (alternance du jour et de la nuit, les saisons, l’année,…).

Ces derniers rythmes font apparaître l’idée de cycle et sont particulièrement utiles pour la mise en place de l’idée d’unité de durée :

cycle journalier ;

cycle du calendrier : mois, semaine ;

cycle des saisons : année.

 

 

Catégories relatives aux rythmes du temps.

 

CATEGORIES

VOCABULAIRE

La fréquence

rarement, quelquefois, souvent, fréquemment, …

 

La régularité

 de temps en temps, régulièrement, irrégulièrement,…

 

 

 

B. L’orientation du temps et la chronologie des événements.

 

1.  L’orientation du temps.

 

C’est la prise de conscience de la possibilité de placer les événements dans l’une des trois catégories distinctes suivantes, un repère temporel ayant été fixé : le passé, le présent et le futur.                                                                

 Le repère temporel choisi peut être quelconque et peut se situer pour l’observateur dans son passé, son présent ou son futur. Cela se traduit, au niveau du langage, par le recours aux temps des verbes :

 

 

Présent de l’observateur

Futur de l’observateur

Passé de l’observateur

 B

 b

 c

 A

 a

Présent du conditionnel

Passé antérieur

Plus que parfait

Futur antérieur

                                          

 

  

 

Exemples :

1. Le mois prochain, j’irai (A) en vacances dans le Midi, mais auparavant j’aurai visité (a) l’Auvergne.

 

2. Dimanche dernier, à midi, puisqu’il avait fait beau temps le matin (c), je décidai (B) que je ferais (b) une promenade l’après-midi.

 

3. Hier, après que je fus allé à la piscine (c) , je n’imaginais pas (B) que j’aurais froid (b).

 

 

Catégories relatives à l’orientation du temps.

 

CATEGORIES

VOCABULAIRE

 

Le présent

 

aujourd'hui, maintenant, en ce moment, à

         présent,…

 

Le passé

 

avant, hier, il y a quelque temps,…

 

 

Le futur

 

après, demain, plus tard, dans quelque temps,…

 

 

                                          

2.     La chronologie des événements.

 

C’est la prise de conscience que deux événements se positionnent toujours l’un par rapport à l’autre : soit l’un précède l’autre, soit ils sont simultanés.

  

Catégories relatives à la chronologie des événements.

 

CATEGORIES

VOCABULAIRE

 

La succession

 

chacun son tour, l'un après l'autre, avant, après,   progressivement, alternativement, graduellement,..

 

 

La simultanéité

 

en même temps, pendant, simultanément,...

 

                                        

                                        

Les représentations appropriées pour exprimer l’orientation du temps sont :

-         la ligne du temps (frise chronologique,…) :

 

 

Présent

Futur

Passé

Evénements successifs

 

 

 -         les calendriers

 

 

C. La notion de durée.

C’est la prise de conscience qu’il existe une grandeur qui permet d’apprécier « l’écart » entre deux événements, deux instants : la durée.

  

Catégories relatives à la notion de durée.

 

CATEGORIES

VOCABULAIRE

 

La variabilité

 

moins longtemps que, aussi longtemps que, plus âgé que, moins âgé que, peu durable, éphémère, passager,…

 

 

La permanence

 

durable, stable, permanent,…

 

 

La pérennité

 

toujours, de tout temps,…

 

                                                     

                                                       

Une appréciation fine de la durée conduit à faire correspondre à chaque durée un nombre qui est sa mesure, une unité de mesure étant choisie. On passe ainsi d’une appréciation qualitative à une appréciation quantitative. Il est à remarquer que les unités de mesure correspondent souvent à la durée d’un cycle : jour, semaine, année.

 

D. Liaison espace-temps : la vitesse.

 

C’est la prise de conscience qu’il existe une relation entre l’espace (distance parcourue) et le temps (durée nécessaire pour parcourir une distance). C’est la notion de vitesse.

 

Catégories relatives à la notion de vitesse.

 

CATEGORIES

VOCABULAIRE

 

La rapidité

 

 

lentement, rapidement, vite, lent,…

 

L’accélération

 

 

plus lentement, plus rapidement, plus vite, moins vite,…

 

 

 

II. Un aspect historique : l’histoire du calendrier.

 

  1. Les principes de base.

 

Premier principe.

Il faut une unité de durée suffisamment perceptible pour rythmer la vie sociale. C’est le jour, lié à l’alternance du jour et de la nuit. Son origine est liée au Soleil.

 

Second principe.

Il faut regrouper ces jours pour créer une seconde unité de base. C’est le mois lunaire lié à la Lune. En raison des difficultés liées au repérage exact de la Nouvelle Lune et à la durée d’une lunaison qui ne contient pas un nombre entier de jours (la durée moyenne d’une lunaison est 29,530588 jours), le mois lunaire a alternativement 29 ou 30 jours.

L’observation des phases de la Lune a conduit certains peuples (les Chaldéens et les Hébreux) à définir une unité intermédiaire : la semaine, composée de 7 jours.

Remarques.

  1. Il faut noter que les Grecs, les Egyptiens et les Chinois comptaient en décades et non en semaines.
  2. L’introduction officielle de la semaine dans le calendrier occidental date du Concile de Nicée, en 325.
  3. Origine étymologique du mot « mois » :

 

En français : mois

Même racine que le mot « mesure »

En espagnol : mes

En anglais : month

Même racine que moon, mond (Lune)

En allemand : monat

 

Troisième principe.

Il faudrait que le retour d’un mois coïncide avec le retour des mêmes phénomènes naturels. Cela conduit à regrouper les mois en une année de 12 mois. Cela ne suffit pas cependant, d’où la nécessité de réaliser d’autres adaptations. On assiste donc à l’évolution suivante :

 

Calendrier lunaire

Calendrier luni-solaire

Calendrier solaire

 

 

 

 

 

 

 

 B. Un calendrier lunaire actuel : le calendrier musulman.

 

Année : 12 mois ayant alternativement 30 et 29 jours, soit 354 jours. Sur un cycle de 30 ans, il y a 11 années abondantes qui ont 355 jours.

 

Les noms des mois du calendrier musulman

 

1. Mouharram (30)                                           7. Radjab (30)

2. Safar (29)                                                  8. Cha’ban (29)

3. Rabi'‑oul‑Aououal (30)                                9. Ramadan (30)

4. Rabi'‑out‑Tani (29)                                    10. Chaououal (29)

5. Djoumada‑l‑Oula (30)                                 11. Dou‑I‑Qa'da (30)

6. Djoumada‑t‑Tania (29)                               12. Dou‑I‑Hidjja (29 ou 30)

 

 

C. Le calendrier grégorien actuel : une longue histoire.
 

  1. Le calendrier Romain primitif.

C’est au début un calendrier lunaire composé de 10 mois lunaires. Les mois ne furent désignés au début que par leur numéro d’ordre, puis reçurent, pour les premiers d’entre eux, des noms de divinités :

Martius (30)

Aprilis (29)

Maius (30)

Junius (29)

Quintilis (30)

Sextilis (29)

September (30)

October (29)

November (30)

December (29)

En application du troisième principe, on fit un calendrier luni-solaire en ajoutnat deux mois après December :

Januarus (30)

Februarus (29)

ce qui fait une année de 354 jours.

Pour éviter les nombres pairs portant malheur, on créa progressivement une alternance de 29 et 31 jours, sauf Februarus qui avait la malchance de n’avoir que 28 jours :c’était le mois des morts !

Martius (31)

Aprilis (29)

Maius (31)

Junius (29)

Quintilis (31)

Sextilis (29)

September (29)

October (31)

November (29)

December (29)

Januarus (29)

Februarus (28)

Pour compléter à 365 jours, on ajoutait tous les deux ans un mois de 22 jours appelé Mercedonius qui s’intercalait entre le 23 et le 24 février (le 24 février s’appelait « sexto ante calendas martis »

 

  1. Le calendrier julien.

 

Le calendrier primitif devenait source de corruption à Rome. En l’an 708 de Rome (45 avant J.C.), Jules César impose un nouveau calendrier, avec les règles suivantes :

-         le début de l’année est fixé au 1er janvier

-         l’année a 365 jours avec un 366e jour tous les 4 ans, placé avant le 24 février (d’où le nom de bis sexto ante calendas martis : bissextile)

-         les mois sont les suivants :

 

1. Januarus (31)

5. Maius (31)

9. September (31)

2. Februarus (29 ou 30)

6. Junius (30)

10. October (30)

3. Martius (31)

7. Quintilis (31)

11. November (31)

4. Aprilis (30)

8. Sextilis (30)

12. December (30)

 

Par la suite, pour honorer J. César, on donna son nom au mois Quintilis et celui d’Auguste au mois Sextilis. Comme il ne fallait pas que l’un de ces grands hommes soit moins honoré que l’autre, on décida d’aligner la durée de ces deux mois à 31 jours (et d’enlever un jour au mois de février). Le calendrier avait alors pratiquement la forme que nous lui connaissons, sauf le fait que la semaine n’était pas encore inventée.

Remarque.

L’ère chrétienne fut fixée au 1er janvier de l’an 754 de Rome (début de notre ère) sur proposition du moine Denys le Petit en l’an 532 de notre ère.

  

  1. Le calendrier grégorien.

 

Malgré l’amélioration apportée par le calendrier julien, on s’aperçut que l’équinoxe de printemps (fixée initialement au 25 mars) glissait vers l’hiver.

C’est Grégoire XIII qui imposa une nouvelle réforme du calendrier, d’où le nom de calendrier grégorien, sur les conseils de Clavius (mathématicien allemand 1537-1612) et de Lilio (astronome italien), en 1582.

 

Exprimée en jours, l’année correspond environ à  365 + 8/33  jours.        8/33    est égal à     24/99

 

D’où l’idée de ne placer que 24 années bissextiles par siècle mais d’en rajouter une tous les 400 ans, puisqu’alors le cycle de 99 ans aura un écart de 4 ans avec le cycle du siècle.

En conclusion, les années bissextiles ont lieu tous les 4 ans lorsque le millésime est divisible par 4 , sauf pour els années séculaires qui ne sont bissextiles que si le millésime est divisible par 400.

 

Il fut décidé (et cela est arbitraire) que l'on conserverait le fil conducteur de la semaine et que l'équinoxe serait fixé au 21 mars. Les années bissextiles auront lieu tous les 4 ans quand le millésime est divisible par 4, sauf pour les années séculaires qui ne sont bissextiles que si le millésime est divisible par 400.

A Rome, en Espagne et au Portugal, ainsi que pour l'Église catholique, le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 fut le vendredi 15 octobre 1582.

En France, sous Henri III, le lendemain du dimanche 9 décembre 1582 fut le lundi 20 décembre 1582.

Aux Pays‑Bas catholiques, le lendemain du jeudi 14 décembre 1582 fut le jour de Noël.

Dans les états catholiques d'Allemagne et de Suisse, la réforme eut lieu en 1584.

En Pologne, la réforme eut lieu en 1586, malgré des révoltes, en particulier à Riga.

En Hongrie, la réforme eut lieu en 1587.

Les états protestants des Pays‑Bas, d'Allemagne et de Suisse s'alignèrent vers 1700.

En Angleterre, le lendemain du mercredi 2 septembre 1752 fut le jeudi 14 septembre 1752 (le retard accumulé était alors de 11 jours). Des émeutes se produisirent. Il faut remarquer que cette même année avait commencé 3 mois plus tôt pour aligner son jour de l'an au 1er janvier. Des gens défilèrent en criant: « Rendez-nous nos trois mois, rendez‑nous nos 11 jours »:

En Suède, la réforme eut lieu également en 1752.

Au Japon, on adopta le calendrier grégorien pour les actes officiels à partir de 1873. La Chine le fit en 1912.

L'URSS passa directement du mercredi 1er février 1918 au jeudi 14 février. L'état roumain abandonna le calendrier julien en 1919.

Les églises orthodoxes orientales s'alignèrent le lendemain du 30 septembre 1923 qui devint le dimanche 14 octobre 1923.

 La Turquie se rallia au nouveau calendrier en 1924.

Actuellement, on peut estimer que le calendrier grégorien est le calendrier civil en usage dans le monde entier.

 

 

III. La structuration du temps à l’école.

 

Le schéma général d’organisation est le suivant :

 

1. Au cycle 1: des activités préparatoires relatives aux rythmes du temps, à l'orientation du temps et à la chronologie.

 

Outil: les calendriers

 

Des comptines pour apprendre les jours de la semaine.

 

2. Au cycle 2: une construction de la notion de temps (dans un cadre interdisciplinaire). Repérage de l'heure. Approche de la notion de durée.

 

Outils: les calendriers, l'horloge, la ligne du temps.

 

3. Au cycle 3: un approfondissement de la notion de durée. Mesure des durées par l'utilisation des unités de durées.

 

Outil: les nombres sexagésimaux.

 

LE TEMPS L’HORLOGE

L’autre jour j’écoutais le temps
qui passait dans l’horloge.
Chaînes, battants et rouages
Il faisait plus de bruit que cent
Au clocher du village
Et mon âme en était contente.

 Extrait de "L’Accent grave et l’Accent aigu" 

Jean TARDIEU (1903 - 1995)

 

 

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